Galeries

26/10/20
Nietzsche / Deleuze : « Le coup de dé ou l’affirmation du hasard »
Catherine Cazenave – PHILOSOPHIE

Cette conférence se déroulera : Syndicat des Architectes – 130 avenue du Prado 13008 Marseille


Conférence du Lundi 26 octobre 2020,
Nietzsche /Deleuze « Le coup de dés ou l’affirmation du hasard »
Gilles Deleuze a voulu réaffirmer bien après la publication de son ouvrage « Nietzsche et la Philosophie», paru aux PUF en 1962, que la Philosophie vit encore profondément aujourd’hui de la pensée de Nietzsche mais peut-être pas comme il l’eût souhaité. Le problème que s’est posé Deleuze est d’abord celui du sens que peut prendre l’actualisation de cette pensée qui se donne elle-même comme une « Philosophie de l’avenir ».
Notre exposé vise à présenter un des principaux axes du projet deleuzien qui est l’affirmation du caractère révolutionnaire de la pensée de Nietzsche. Nous avons choisi de le présenter à travers une question qui traverse toute l’oeuvre de Nietzsche : la question du hasard et du coup de dé (question qui fait l’objet d’un chapitre entier dans son livre Nietzsche et la philosophie) pour l’aborder à travers le paradoxe suivant :
Comment une philosophie de la volonté peut-elle s’accorder avec ce qui semble en être la négation la plus radicale : l’affirmation du hasard ?
Le recours au hasard n’est-il pas toujours le signe d’une démission de la volonté ? S’en remettre au sort, se soumettre aux aléas et aux forces aliénantes du jeu, n‘est-ce-pas déjà en soi un acte de négation de la volonté ?

Catherine THOMAS CAZENAVE

Professeur de Philosophie, Docteur en Esthétique, Sciences et technologie des arts A soutenu à l’Université Paris 8, en 1994, une thèse sur « Le hasard comme processus de création dans l’esthétique contemporaine ».

Le débat philosophique à l’école : un changement de posture pour l’élève https://www.cairn.info/revue-carrefours-de-l-education-2008-1-page-43.htm?contenu=article

12/10/20
Fréquenter et habiter l’espace au quotidien
Olivier Bédu – Urbanisme

Olivier Bedu
Architecte de formation, Olivier Bedu développe, à travers son travail plastique, une œuvre dont on pourrait dire qu’elle traite de notre manière de fréquenter et d’habiter notre espace au quotidien. A travers ses photomontages qui mettent en regard les architectures standardisées de différentes régions et leurs paysages, il tente une analyse formelle qui met en exergue de possibles rapprochements entre l’élément naturel et des formes d’habitats génériques.

Avec le collectif Le Cabanon Vertical, Olivier Bedu travaille sur les grands ensembles et sur la manière dont la vie s’installe et s’active dans ces constructions à l’autorité affirmée. Il s’agit de faire jaillir le vivant de ces systèmes collectifs. A l’heure des expropriations, Le Cabanon Vertical pense plus volontiers en terme de reconquête d’espace. Leurs interventions reprennent souvent le principe de la greffe, celle-ci vient parasiter les structures des constructions de béton. Ces architectures légères se posent symboliquement comme les gestes d’une ré-appropriation poétique qui va à l’encontre du standard pour s’intéresser plus précisément à l’individu

Qu’est-ce qu’habiter ?
Les enjeux de l’habiter pour la réinsertion
Nadège Leroux
https://www.cairn.info/revue-vie-sociale-et-traitements-2008-1-page-14.htm?contenu=resume

05/10/20
Regards sur la ville
Corinne Vezzoni – Urbanisme

Corinne Vezzoni

Architecte, Lauréate du Prix Born Awards France 2018, Corinne Vezzoni a reçu le prix Femmes architectes 2015. En 2018, elle a été nominée au Grand Prix national d’Architecture.
En 2020, Grande médaille d’or de l’académie française d’architecture.

Elle a grandi au Maroc et est installée à Marseille depuis ses études d’architecture. Outre son travail d’architecte, Corinne Vezzoni est également enseignante à l’Université de Provence, master aménagement et urbanisme et invitée des écoles des Arts et Métiers et de Polytechnique Marseille Château-Gombert.
Elle s’est engagée dans la réflexion sur le projet métropolitain Aix-Marseille-Provence, au sein de l’équipe Devillers et associés.
 « L’urbanisation envahit l’équivalent d’un département français tous les sept ans » Corinne Vezzoni  
Quelle est la place accordée à la participation citoyenne dans les projets urbains, d'aménagement du territoire ? 
Quels sont les enjeux pour les différents partenaires publics et privés et les institutions intervenant en architecture, urbanisme ou paysage, notamment, auprès des villes et communes ?
Comment le législateur appréhende et influence l'occupation des territoires ?
Qu'elle est la part d'influence des lobbys immobiliers et financiers ?

28/09/20
Le pouvoir communal et la misère à marseille au moyen-âge François Otchakovsky-Laurens

François Otchakovsky-Laurens
est docteur en histoire médiévale et chercheur associé au laboratoire TELEMME (UMR 7303, Université d’Aix-Marseille et CNRS).
Ses travaux portent sur l’écrit de gouvernement, la normativité juridique, la vie politique et les pratiques de délibération urbaines à la fin du Moyen Âge.
Maître de conférences en histoire médiévale à l’Université Paris Diderot – Laboratoire Identités, Cultures, Territoires (ICT – EA 337)

Marseille, de l’an mille au Moyen Âge tardif, voit l’émergence politique et économique de sa bourgeoisie marchande après cent ans d’un système vicomtal. Sachant profiter des situations diverses, des Croisades aux faiblesses politiques des princes d’Anjou, elle parvient à connaitre des périodes d’essor, néanmoins nuancées par les troubles politiques et l’incapacité de la ville à véritablement rivaliser avec les Républiques italiennes en Méditerranée.

De l'an mil à la fin du XIIe siècle, Marseille est divisée entre trois pouvoirs, desquels domine celui des Vicomtes. Après la prise du pouvoir par la bourgeoisie commerçante et une affirmation de sa puissance politique au début du XIIIe siècle, Marseille passe sous le joug des souverains de Provence à partir de l'imposition par Charles d'Anjou des Chapitres de Paix en 1257. Au XIVe siècle, la commune parvient à retrouver une partie de son autonomie politique en s'assurant la protection de la maison d'Anjou, à qui elle jure fidélité lors de la guerre de l'Union d'Aix en 1385. Le sac de Marseille par les Catalans en 1423 et la destruction la ville ont occasionné un profond déclin à la fin du Moyen Âge. Marseille est finalement rattachée à la France par Louis XI en 1482, lors de l'union du Comté de Provence au royaume de France.
Bibliographie indicative :
Jacques CHIFFOLEAU, La comptabilité de l'Au-Delà : les hommes, la mort et la religion dans la région d'Avignon à la fin du Moyen Age (vers 1320 - vers 1480), Rome, École française de Rome, 1980.
Didier FASSIN, « La supplique. Stratégies rhétoriques et constructions identitaires dans les requêtes d’aide d’urgence », Annales HSS, 55, 5, sept-oct. 2000, p. 953-981.
Michel HÉBERT, La voix du peuple. Une histoire des assemblées au Moyen Âge, Paris, Presses universitaires de France, 2018.
Didier LETT, « Les voix du peuple à la fin du Moyen Âge », Médiévales, 71, automne 2016, p. 159-176.
Francine MICHAUD, « Le pauvre transformé : les hommes, les femmes et la charité à Marseille, du XIIIe siècle jusqu'à la Peste noire », Revue historique, 650, 2009, p. 243-290.
Michel MOLLAT, « La notion de pauvreté au Moyen Âge : position de problèmes », Revue d’histoire de l’Église de France, 149, 1966, p. 5-23.
Thierry PÉCOUT (sous la direction de), Marseille au Moyen Âge, entre Provence et Méditerranée. Les horizons d’une ville portuaire, Méolans-Revel, Désiris, 2009.
Jacques LE GOFF, La naissance du Purgatoire, Paris, Gallimard, 1981.
François Otchakovsky-Laurens, La vie politique à Marseille sous la domination angevine (1348-1385), Rome (Collection de l’École française de Rome, 543), École française de Rome, 2017.

21/09/20
approche de la justice sociale d’Amartya Sen
Geneviève Fontaine

Amartya Sen* part de la conviction qu’avant de penser la Justice en soi et les institutions à bâtir en fonction de cette définition, il faut regarder les situations d’injustice. La comparaison entre les différentes solutions proposées permet d’une part de construire progressivement des moyens plus adaptés pour combattre ces injustices, d’autre part de proposer les meilleures conditions pour l’édification de la démocratie et de la Justice. Indien d’origine, Amartya Sen enrichit la réflexion philosophique sur la justice, en dialoguant avec l’approche occidentale habituelle. L’Idée de Justice comporte quatre grandes parties précédées d’une longue introduction qui expose les enjeux de l’exposé.
*Économiste et Prix Nobel indien
Geneviève Fontaine

Agrégée de Sciences Économiques et Sociales
Docteure de l’Université de Marne la Vallée
Directrice du centre de recherche appliquée chez SCIC TETRIS – Institut Godin
Diplômée de Sciences Po, DEA d’études Économie internationale

Ses recherches portent sur le croisement entre économie solidaire, innovation sociale, communs et approche par les capabilités du développement durable.
Initiatrice du Pôle Territorial de Coopération Economique TETRIS (Transition Ecologique Territoriale par la recherche et l’Innovation Sociale) elle anime et coordonne ce centre de recherche appliquée et de transfert pluridisciplinaire

14/09/20
La recherche sur les CORONAVIRUS
Bruno Canard

Bruno Canard partage avec nous les découvertes réalisées sur le coronavirus

« Il faut financer des études fondamentales sur tous les virus pour ne pas reproduire, en cas de nouveau virus émergent, la panique que l’on connaît avec le coronavirus. »

Bruno Canard, spécialiste des coronavirus.

Bruno Canard est spécialiste des coronavirus. Il est directeur de recherche CNRS et responsable de l’équipe « Réplicases virales : structure, mécanisme et drug-design », dans le laboratoire « Architecture et fonction des macromolécules biologiques » de Marseille.

La FRM a financé son équipe de 2008 à 2011, à hauteur de 272 177 euros. Depuis 2019, elle est à nouveau à ses côtés et lui a attribué 318 460 euros pour travailler sur 3 virus émergents, dont le coronavirus.

Bruno Canard revient sur son entrée dans le monde des coronavirus, partage avec nous les découvertes réalisées sur le coronavirus grâce au soutien de la FRM et ses recherches en cours. Un travail acharné, sur du long terme pour se préparer aux épidémies à venir.

Qu’est-ce qui vous a amené à travailler sur les coronavirus ?

Bruno Canard : « L’entrée de mon équipe dans le monde des coronavirus a commencé en 2002 par une découverte sur le virus de… la dengue. Nous avons découvert une enzyme qui protège le matériel génétique de ce virus dans la cellule infectée. Cette enzyme était suspectée d’être également présente chez les coronavirus, ce qui m’a valu d’être invité par Eric Snijder à un congrès sur la famille des nidovirus à laquelle appartiennent les coronavirus. C’était en Hollande, début 2003, à Egmond Ann Zee. Je m’en souviens car le congrès Nidovirus 2020 devait y avoir lieu en mai et il a été annulé pour cause de… COVID-19. L’idée était que cette communauté de chercheurs s’inspire de nos travaux sur la dengue pour leurs recherches sur le coronavirus . Ce meeting s’est déroulé à l’époque en plein milieu de l’épidémie du SRAS. Rapidement une réponse à l’épidémie s’est organisée dans la communauté scientifique, des projets ont vu le jour et je me suis retrouvé embarqué par tous les spécialistes du coronavirus dans cette nouvelle aventure ».

07/09/20
Analyse biologique de la Covid-19
Hélène Banoun

En présence de Marie Batoux qui nous a fait l’honneur de venir assister à la conférence et de nous faire un discours en introduction concernant l’Éducation populaire.

Hélène Banoun, spécialiste en biologie, nous a fait le plaisir d’abord de remplacer notre intervenant manquant, mais aussi de nous livrer un discours apaisé et modéré sur les conséquences quotidiennes de cette pandémie, qui est devenue à ce jour, une « épidémie sans malades ».

Marie Batoux, élue à Marseille

07/09/20
Les politiques publiques françaises face à l’épidémie de coronavirus

Raouf Boucekkine

Quelle est la meilleure stratégie face au COVID ?

Les mesures de confinement sont-elles efficaces ? 
Aurait-il fallu tester la population ?
Autant de questions qui enflamment le débat public. Les chercheurs Raouf Boucekkine (AMSE/AMU), Josselin Thuilliez (CNRS/CES) et Jérôme Adda (Bocconi, Milan) ont mis au point le projet « ECOVID-19 » pour y répondre et évaluer l’efficacité des politiques publiques françaises face à la crise actuelle. En revenant sur ses travaux antérieurs, Raouf Boucekkine montre l'intérêt d'un éclairage économique pour répondre aux crises sanitaires.

Raouf Boucekkine est professeur d’économie à l’Université d’Aix-Marseille, ancien directeur de l’IMéRA, membre senior de l’Institut Universitaire de France, chercheur associé à l’IRES (‘Université catholique de Louvain) et à l’ECORES (CORE, ECARES and CES-Leuven federation). Université libre de Bruxelles à l’Université libre de Bruxelles (ULB) et également au CORE à l’Université catholique de Louvain

 


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Raouf Boucekkine est professeur d’économie à l’Université d’Aix-Marseille, ancien directeur de l’IMéRA, membre senior de l’Institut Universitaire de France, chercheur associé à l’IRES (
'Université catholique de Louvain) et à l’ECORES (CORE, ECARES and CES-Leuven federation). Université libre de Bruxelles à l'Université libre de Bruxelles (ULB) et également au
CORE à l'Université catholique de Louvain


Depuis 2017, Raouf Boucekkine est président de l’Association Sud-Européenne d’Economie Théorique.
Spécialiste de l’économie du développement durable, il est l’auteur de très nombreuses publications internationales dont récemment Variable markups in the long-run: A generalization of preferences in growth models (Journal of Mathematical Economics, 2017).
Marges variables à long terme: une généralisation des préférences dans les modèles de croissance (Journal of Mathematical Economics, 2017).

 


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Quelle est la meilleure stratégie face au COVID ?


Les mesures de confinement sont-elles efficaces ? Aurait-il fallu tester la population ? Autant de questions qui enflamment le débat public. Les chercheurs Raouf Boucekkine (AMSE/AMU), Josselin Thuilliez (CNRS/CES) et Jérôme Adda (Bocconi, Milan) ont mis au point le projet « ECOVID-19 » pour y répondre et évaluer l’efficacité des politiques publiques françaises face à la crise actuelle. En revenant sur ses travaux antérieurs, Raouf Boucekkine montre l'intérêt d'un éclairage économique pour répondre aux crises sanitaires.
27 mai 2020
Par Raouf Boucekkine , Claire Lapique


Si l’épidémie s’est répandue comme une traînée de poudre sur l’ensemble de la planète, les politiques publiques en réponse à la crise sanitaire ont été bien différentes d’un bout à l’autre. En Corée du Sud ou au Japon, la vie semblait presque suivre son cours normal, exceptés le respect des mesures barrières par la population ainsi que l’arsenal technologique et la batterie de tests, déployés par le gouvernement. Stratégie qui n’a pas suscité l’intérêt du voisin chinois qui a confiné sa population durant deux mois. En Europe, des mesures similaires se sont mises en place. Parmi ces stratégies multiples, quelles sont celles qui payent le plus ? C’est l’objectif du projet ECOVID-19 qui fait partie des 3 projets en économie retenus par l’Agence Nationale de la Recherche (sur un total de 86, toutes disciplines confondues) suite à son appel flash Covid-19 de mars 2020.


Véritables tragédies sur le plan humain, les épidémies ébranlent aussi sérieusement le tissu économique. L’épidémiologie économique permet de prendre en compte l’impact des maladies sur l’économie et le comportement de la population face à ces nouvelles donnes. Cette prise de température est plus qu’utile pour identifier les meilleures réponses à adopter pour enrayer les épidémies tout en réduisant les coûts économiques. En revenant sur ses travaux antérieurs, Raouf Boucekkine nous montre comment cette discipline est éclairante face au défi actuel.




Quels traitements pour quelles maladies ?


C’est d’abord en République Démocratique du Congo que Raouf Boucekkine s’est penché sur le sujet. Une question trottait alors dans sa tête : comment les pandémies peuvent pénaliser le développement ? Terre-mère d’un nombre considérable d’épidémies, et, en particulier du virus du SIDA, le Congo-Kinshasa a été un des terrains d’enquêtes privilégiés de l’économiste.


Mais au-delà de l’épidémie ravageuse du SIDA, bien d’autres maladies ont secoué le monde. En l’espace d’un an par exemple, la grippe espagnole a tué plus de 40 millions de personnes entre 1918 et 1919 : c’est plus que la Première Guerre mondiale ! Pour prendre en compte l’hétérogénéité des pandémies, le chercheur a mis au point un modèle englobant, permettant d’étudier des épisodes aux caractères distincts.


Pour comprendre leur impact économique, il faut donc d’abord les identifier. Combien de temps dure-t-elle ? Une pandémie comme la grippe espagnole qui foudroie en l’espace de peu de temps n’a pas les mêmes conséquences économiques qu’une épidémie comme celle du SIDA qui s’étend dans le temps. La première produit un effet de déséquilibre (imbalance effect) ponctuel mais très fort, qui peut être suivi ou non d’une reprise. En effet, dans le régime néoclassique, après un choc comme une guerre ou une épidémie on peut observer une accélération de la croissance à court terme qui rattrape des effets du choc négatif initial. Cela marche bien pour les guerres mais pour les épidémies cela dépend du profil de mortalité induit par la dynamique épidémique. La seconde peut modifier durablement les comportements socioéconomiques, et peut donc avoir un effet de long-terme important1. Les épidémies récurrentes (ou à plusieurs vagues) comme la peste noire qui ont décimé l’Europe au Moyen-Âge ou le paludisme en Afrique subsaharienne peuvent conduire à des trappes de pauvreté mais peuvent aussi aboutir à un phénomène d’immunisation collective2. C’est un débat que l’on retrouve aujourd’hui concernant l’épidémie de Covid-19.


Il faut aussi s’intéresser aux individus qu’elles ciblent : sont-ils âgés, comme dans le cas d’une grippe saisonnière ? Ou, au contraire, comme dans le cas du VIH, plutôt jeunes, constituant ainsi une bonne partie de la population active et en âge de travailler ? Le profil de la mortalité par âge est donc un indicateur crucial de l’impact économique potentiel d’une épidémie donnée.
Portraits masqués sur un mur




Des effets secondaires variables


Les épidémies peuvent avoir des conséquences très distinctes sur l’activité économique. Une population en mauvaise santé fait chuter la productivité (effet dit de morbidité) et la hausse de la mortalité réduit l’activité des employés. Mais les conséquences peuvent être plus insidieuses et jouer sur les croyances et les comportements des individus. Ces derniers peuvent par exemple concentrer leurs dépenses sur la consommation de base et la santé, pour reléguer au second plan les investissements. C’est le cas des pays où les dépenses de santé sont majoritairement privées à défaut d’un système de santé public inclusif. C’est malheureusement le cas encore de nombreux pays africains. Mais le cas états-unien nous rappelle que ce n’est pas uniquement l’apanage des pays dits sous-développés.


Les conséquences ne sont pas toujours immédiates et peuvent même s’observer après plusieurs décennies. C’est ce que montre Raouf Boucekkine, Théophile T. Azomahou et Bity Diene à propos de l’épidémie de SIDA en Afrique du Sud. Il faut attendre une vingtaine d’année avant que les impacts les plus négatifs sur la croissance ne soient observés3. Il s’agit d’une application empirique de « l’effet Ben Porath ». Selon ce dernier, plus l’espérance de vie est réduite, moins l’éducation est rentable, ce qui réduit l’accumulation de capital humain dans le moyen et long terme, affectant ainsi la croissance.


Face à la crise sanitaire actuelle, ce n’est pas seulement l’épidémie qui tacle l’économie mais aussi les réponses gouvernementales pour l’endiguer. La fermeture des écoles, les quarantaines, le chômage partiel…ont pour but de réduire les conséquences dramatiques de la maladie, mais elles ont un effet secondaire, et à long-terme, peuvent troubler l’économie.

Une épidémie masquée


Difficile d’identifier la meilleure stratégie face à une épidémie qui masque un bon nombre de paramètres. Parce qu’elle est nouvelle, un voile d’incertitude plane sur son impact sur les populations. Sur le plan épidémiologique, de nombreuses questions restent ouvertes. Une part importante de la population infectée pouvant être asymptomatique, il est compliqué d’identifier les individus porteurs sans tester la population. De la même façon, les personnes atteintes de grippes ou de rhum génèrent souvent les mêmes symptômes, de quoi brouiller un peu plus les pistes. Sur le plan politique, difficile d’y voir plus clair, face aux bifurcations discursives des derniers mois. Les autorités semblent évoluer à l’aveugle. La modification du discours d’Emmanuel Macron au cours du temps en est une illustration précise.


Quelle est la durée à privilégier pour un confinement efficace ? Comment en sortir ? Aurait-il fallu tester la population ? Ou encore privilégier l’immunité collective ? Ces politiques ne peuvent être efficaces que si elles sont acceptées par le plus grand nombre. Pour les évaluer il faut aussi prendre en compte la capacité des populations à les adopter et à les respecter, autrement dit à croire et se fier aux mesures proposées.


Comment les individus et les autorités publiques s’adaptent tout au long de la crise ? Les économistes ont mis au point un modèle permettant de prendre en compte le rôle des croyances et de l’apprentissage dans un contexte d’incertitude. En effet, ce sont ces comportements qui affectent en retour la propagation de la maladie et ses conséquences économiques.


Dans leur projet, les économistes s’appuient sur les données des services de santé français pour saisir le comportement des individus. En les analysants, ils pourront identifier les paramètres qui ont le plus de conséquences sur la propagation de l’épidémie. Suivant le rythme d’actualisation des croyances et des comportements, les paramètres peuvent varier, et l’apprentissage ne se fait pas seulement du côté des individus, les autorités publiques aussi apprennent et s’ajustent. Cela peut concerner la durée du confinement, la pénalisation de la population ou encore les différents types de tests ou le timing associé. Grâce à cette analyse, il est possible de calculer le coût-bénéfice d’une mesure par rapport à une autre et même imaginer des scénarios différents. Que ce serait-il passé si la France avait testé sa population dès le départ ?


L’épidémiologie économique dresse un tableau des stratégies les plus efficaces et oriente la décision publique pour minimiser les désastres sanitaires comme économiques. Au-delà, elle permet aussi de se pencher sur les répercussions économiques d’une pandémie, comme par exemple, ses conséquences sur la répartition des revenus dans un pays.
Le monde est temporairement fermé




Des répercussions économiques ambiguës


Crise économique, pénurie alimentaire, inégalités galopantes : quel monde d’après se dessine ? Combien devra-t-on payer pour une baguette de pain ? Ces questions n’en finissent pas de secouer le débat public. Pour savoir ce que nous réserve le déconfinement, il faut s’intéresser aux impacts économiques des épidémies.


Si l’horizon à poindre semble plutôt obscurci, il est bon de garder à l’esprit le caractère ambiguë des répercussions économiques des crises sanitaires. Par exemple, en se basant sur le cas du SIDA, l’économiste Young parle d’un « cadeau fait par les morts »4. En augmentant de façon importante, la mortalité réduit fortement l’offre de travail ce qui fait ainsi grimper les salaires. De nouvelles personnes entrent sur le marché du travail : les femmes, notamment les veuves. En travaillant, elles n’ont plus nécessairement les mêmes aspirations vis-à-vis du nombre d’enfants à élever et la fécondité se réduit. Dans la période qui suit, la distribution des revenus par tête s’élève car il y a moins de monde pour se partager le gâteau. Cet effet positif mérite d’être étudié au cas par cas car d’autres auteurs ont identifié un phénomène inverse. D’autres chercheurs mettent en avant un mécanisme inverse, l’effet d’assurance : c’est parce que les individus sont dans l’incertitude sur leur avenir qu’ils ont tendance à faire plus d’enfants en cas de choc de mortalité, afin de s’assurer de leurs descendances5.


En ce qui concerne le COVID-19, les données sont encore trop sporadiques pour élaborer des prédictions claires sur l’avenir des économies. Seul le temps-long nous permettra de dévoiler ce qui masque encore aujourd’hui notre vue. En revanche, le projet ECOVID-19 va permettre d’identifier les meilleurs scénarios d’un point de vue sanitaire et économique dans un contexte d’incertitude. Ces résultats, les données et les programmes utilisés seront mis en ligne gratuitement. Le dialogue sera alors ouvert, notamment avec la sociologie ou l’anthropologie pour savoir si la stratégie efficace serait légale et acceptée par la société en France.


Pour en savoir plus sur le projet ECOVID-19 :


→ Le projet Épidémiologie économique du Covid-19 (ECOVID-19) soutenu par l’Agence Nationale de la Recherche


1.
Boucekkine R., Bity Diene B., Azomahou T., 2008, "Growth Economics of Epidemics: A Review of the Theory," Mathematical Population Studies, Taylor & Francis Journals, 15(1),1-26
2.
Boucekkine R., De La Croix D.,Licandro O., 2003, "Early Mortality Declines At The Dawn Of Modern Growth", Scandinavian Journal of Economics, 105 (3), 401-418
3.
Azomahou T. T., Boucekkine R., Diene B., 2016, "HIV/AIDS and Development: A Reappraisal of the Productivity and Factor Accumulation Effects," American Economic Review, 106(5), 472-477
4.
Young Alwyn, 2007, “In Sorrow to Bring Forth Children: Fertility amidst the Plague of HIV”, Journal of Economic Growth, 12(4), 283-327
5.
Boucekkine R., Laffargue J-P., 2010, "On the distributional consequences of epidemics," Journal of Economic Dynamics and Control, Elsevier, 34(2), 231-245


Références


Boucekkine R., Bity Diene B., Azomahou T., 2008, "Growth Economics of Epidemics: A Review of the Theory," Mathematical Population Studies, Taylor & Francis Journals, 15(1),1-26.
Boucekkine R., Desbordes R., Latzer H., 2009, "How do epidemics induce behavioral changes?", Journal of Economic Growth, Springer, 14(3), 233-264
Azomahou T. T., Boucekkine R., Diene B., 2016, "HIV/AIDS and Development: A Reappraisal of the Productivity and Factor Accumulation Effects," American Economic Review, American Economic Association, 106(5), 472-477
Boucekkine R., Laffargue J-P., 2010, "On the distributional consequences of epidemics," Journal of Economic Dynamics and Control, Elsevier, 34(2), 231-245
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politiques publiques , épidémie


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Donner les clefs du raisonnement économique à tous les citoyens : telle est l'ambition de Dialogues économiques, passerelle entre la recherche académique en économie et le citoyen.


Créé par Aix-Marseille School of Economics (AMSE), cette revue numérique de diffusion des connaissances, est partenaire de la revue Regards économiques, publiée par l’Université catholique de Louvain.

toute l’Équipe de L’UPOP 13 est impatiente de vous retrouver POUR LE PROGRAMME 2020-2021

L'UPOP est encore au repos et nous finissons de préparer l’édition 2020-2021...

Nous avons essayé de lire les cartes du tarot et d’interpréter les prédictions du marc de café, nous ne savons pas comment se fera la rentrée, comment pourront s’organiser les rencontres, les conférences.

Comme Samuel Beckett l'écrivait : « il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer. Continuer, sans doute, est ce qu’il nous faut faire. Reprendre le cours des choses, malgré le choc, malgré les peurs, malgré ce sentiment, lourd et tenace, d’un après différent. »

Nous restons optimistes et notre choix s’impose !Nous poursuivrons notre proposition de conférences-débats, d'évènements « Hors les murs », d'éducation populaire et citoyenne, pour nous permettre ensemble d'apprendre, de comprendre, pour le plaisir, pour savoir, pour pouvoir.
Prendre le risque de réfléchir, c'est prendre le risque de se tromper ; prendre le risque d'apprendre, c'est prendre le risque de comprendre ; prendre le risque de nous rencontrer, c'est prendre le risque de vivre, d'exister, d'être engagés.Je suis très impatient de vous accueillir et de vous révéler le programme 2020-2021.

Prenons le risque de nous retrouver le 7 septembre, réservez votre soirée !
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Confinement et l’après – Agora – Radio Galère

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Retrouvez la suite sur le site raisonsdagir-editions.org en suivant le lien ci-dessous

_

En complément des conférences de Bernard TABUTEAU – L’État social… au défi de la mondialisation
https://www.youtube.com/watch?v=OlNH0w7Lj4A

Ces livre vous sont offerts par les éditions RAISONS D'AGIR 
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